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À Vie

Un reportage judiciaire en forme d’interview



tiré du livre de Klaus Antes et Christiane Erhardt : "Perpétuité, les protocoles de la détention". Traduction : Irène Bonnaud.

Je n’avais jamais tué quelqu’un avant, même en pensée




Un comédien. Une parole spontanée qui trébuche, qui raconte quelques souvenirs insignifiants, déroule peu à peu une histoire terrible qui prend à la gorge. Rien ne laisse prédire ce qui arrive, et c’est l’irréparable.
En travaillant sur Fassbinder, Sébastien Bournac a découvert ce témoignage judiciaire bouleversant d’un détenu condamné à perpétuité extrait d’une étude allemande des années 1970, entre sociologie et psychiatrie. Il en a commandé la traduction à Irène Bonnaud.
Dans une trompeuse simplicité, on parcourt la parole brute de Peter Jörnschmidt et les chemins obscurs qui ont conduit au meurtre ce jeune homme comme les autres qui essayait seulement de vivre avec ses contemporains et de s’intégrer.
Mais s’avouer qu’on est un raté est difficile. Et l’avouer à ceux qui l’ont toujours su, c’est pire…



La création de « A vie » s’inspire d’un fait réel : en 1968, un jeune allemand, Peter Jörnschmidt, est condamné à perpétuité pour meurtre. Le texte de « A vie » est son témoignage de vie sous la forme d’une interview, tiré du livre de Klaus Antes et Christiane Erhardt, Perpétuité, les protocoles de la détention , étude psychiatrique allemande consacrée à des détenus et traduite de l’allemand par Iréne Bonnaud. Fasbinder s’en est inspiré pour son film : Je veux simplement que vous m’aimiez . Marqué par ce film, Sébastien Bournac souhaite revenir au récit originel du jeune détenu  pour restituer sa parole brute et en proposer une version scénique simple dans un espace épuré.

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Projet de création en résidence avec la Compagnie Tabula Rasa, l’œuvre théâtrale « A vie » a été créée au lycée Toulouse Lautrec (à Toulouse) avec un jeune acteur, Yohan Villepastour (reprise 201/2020 avec François Xavier Borrel) et Sébastien Bournac pour la mise en scène. Ce projet de résidence a intégré des interactions fortes et construites avec les élèves, leurs enseignants et plus largement l’ensemble de la communauté éducative.

création 2019


D’après le livre de Klaus Antes et Christiane Erhardt, Perpétuité, les protocoles de la détention
Traduction : Irène Bonnaud (commande de traduction de la cie Tabula Rasa).
Mise en scène : Sébastien Bournac
Comédien : François-Xavier Borrel (création 2018/2019 : Yohann Villepastour)
Créateur vidéo : Loïc Célestin
Co-production L’Usine – Centre national des arts de la rue et de l’espace public – Tournefeuille / Toulouse Métropole
Avec le soutien du Théâtre Sorano, du TPN-Théâtre du Pont Neuf et du Lycée Toulouse-Lautrec (31)


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Revue de presse


SOLILOQUE
écrit par Manon Ona (paru le 23/02/2019 sur Le clou dans la planche)

Sébastien Bournac travaille par pages obsessionnelles, opérant des détours, des remises à plat, des approfondissements ou des dépouillements. L’histoire de sa compagnie Tabula Rasa le montre bien, il est enclin à recréer des pièces (Music-Hall de Lagarce, trois versions) ou à explorer la même matière sous différents angles. Pour cette page-ci, son mouvement l’aura ramené à la souche de l’arbre, dont les branches étaient nombreuses – cinématographique, littéraire, psychanalytique, sociale… Au début du parcours, il y a ce téléfilm d’un cinéaste tutélaire, Fassbinder (Je veux seulement que vous m’aimiez). Cette découverte le mène aux origines du scénario, un fait divers, un meurtre commis par un certain Peter Jörnschmidt. Incarcéré, Jörnschmidt a été approché par deux psycho-sociologues dans les années 70, Klaus Antes et Christiane Erhardt, et leurs entretiens ont été recueillis dans un ouvrage allemand (Perpétuité, les protocoles de la détention). Sébastien Bournac choisit dans un premier temps d’y ajouter une pierre théâtrale et passe, pour la saison 2016, une commande au dramaturge Jean-Marie Piemme ; Peter y devient Carlos (J’espère qu’on se souviendra de moi). La pièce est conséquente, elle offre sept rôles. L’histoire ne s’arrête pas là. Revenant à la première source – la parole du détenu, dont une nouvelle traduction est commandée à Irène Bonnaud – Sébastien Bournac la fait porter par un jeune comédien toulousain, Yohann Villepastour, et décide de créer ce monologue auprès des lycéens. Avant de rejoindre l’écrin de la Cave Poésie.

« On m’a mis dans le rôle du raté »
Une analyse a cours sous nos yeux, une introspection et un voyage dans l’enfance, l’adolescence, puis les problématiques d’un jeune adulte des années 60. Peter Jörnschmidt revisionne sa vie, depuis cet instant de bascule où elle s’est arrêtée. Probablement aiguillé par les questions (non rapportées) des psychosociologues, le détenu raconte, de façon chronologique, l’implacable enchaînement de ce qui pourrait passer pour des aspérités assez communes, peu joyeuses mais banales – pas de ces failles décisives qui régaleraient Freud, plutôt un chemin parsemé de petits cailloux pointus, de ces cailloux qui rentrent dans la chaussure et creusent leur plaie. Parmi lesquels, les ambitions déçues d’un père, qui s’infectent en désaveu du fils, puis en perte de confiance en soi. Pour une vie sans Youkali.

La vie est un traquenard
C’est un engendrement continu, en pente douce. Le meurtre pourrait être exposé d’emblée, comme une piqûre pour exciter l’imagination du public, mais non, trop facile. Ce serait trahir le sens de ce parcours. Yohann Villepastour déroule l’humble fil de cette existence, ramenant le geste fatal à ce qu’il est : une étape imprévue mais prévisible, pas après pas, virage après virage. Une conclusion dérisoire. Sébastien Bournac confronte ici le public à une ascèse, d’une tragique simplicité ; ce choix se ressent d’autant plus que le thème du déclic meurtrier a une dimension racoleuse, complètement bannie ici. Revenu à la souche, le metteur en scène revient également à l’os de la création : une petite forme, un comédien seul, entièrement concentré sur le dire ; un dispositif scénique proportionnellement très présent mais fixe. Ce resserrement réussit à tout le monde. Yohann Villepastour offre ici un magnifique travail de disparition. C’est un soliloque comme on en voit rarement : une légère amplification sonore autorise l’acteur à parler comme en lui et pour lui. Les bases du travail vocal, qui consistent à porter la voix, sont ici trahies au profit d’une intimité hypnotique. Côté interprétation, pas d’ascenseur émotionnel, aucun écart de registre, le personnage se construit dans une forme de naïveté, de modestie, d’innocence première face aux aléas de la vie. Libérée de tout surlignage, la chose exige d’engager pleinement son écoute de spectateur. La proximité permet de se river au comédien, et parfois, de s’échapper à travers les divers écrans disposés derrière lui. La proposition vidéo, mélange de prises de vue directes (synchronisées ou décalées) et de brefs films, ouvre ainsi des portes, en complémentarité avec cette ascèse théâtrale. Certaines donnent sur un mur : quand le visage de Yohann Villepastour s’y duplique, en gros plans diffractés. Quelle vérité de l’être ? De son histoire ? Des étapes de sa vie, quand le présent du comédien fait arrêt sur image, quand la vidéo nie l’écoulement du temps ? D’autres prises, plus oniriques, fournissent de fausses ouvertures : on croit à l’issue, mais les plans s’installent, répètent leur motif, ou se figent. C’est l’impasse. Un piège théâtral exigeant pour le public, mais très réussi.


ÉCRAN D’ARRÊT
écrit par Valentin Chomienne (paru le 3/03/2019 sur Culture31)

Il y a des saisons où des artistes reviennent. Cet hiver, le cinéaste Fassbinder déborde sur les scènes de théâtre toulousaines. Après le Groupe Merci – Je suis Fassbinder – c’est la Compagnie Tabula Rasa qui s’en empare. Dirigée par Sébastien Bournac, qui est à la tête du théâtre Sorano, elle crée A vie – inspiré du film Je veux seulement que vous m’aimiez.
Sur la scène, il y a un technicien, derrière des ordinateurs ; un jeune comédien qui n’a pas trente ans, Yohann Villepastour ; et cinq écrans, de tailles différentes. Il joue à être Peter Jörnschmidt, un détenu condamné à perpétuité, dont le sort a intéressé Antes et Erhardt qui l’ont analysé dans un ouvrage : Perpétuité, les protocoles de la détention. Ce livre est à l’origine du film de Fassbinder.

Le comédien, jouant Jörnschmidt, témoigne de sa vie passée. Il évoque son enfance, ses parents, et une suite d’événements qui se suivent, jusqu’aux meurtres qu’il commet, sans préméditation, au terme d’une affolante succession de mésaventures. On y retrouve de vagues familiarités avec Bandini, personnage principal des livres de John Fante, ou Charles Bukowski, dans la pauvreté qu’ils partagent. Le spectateur français pense également à Jean-Claude Romand, meurtrier qui n’envisageait pas de l’être.
Le dispositif matériel est important. Des images sont diffusées par les cinq écrans, derrière le comédien. A quoi cela sert-il ? L’interprète est multiplié. Le Yohann Villepastour filmé, et qui apparaît en cinq exemplaires, cloné, fixe le spectateur droit dans les yeux alors qu’il est sur scène, assis de biais, et qu’il ne le regarde pas. Quand le télévisé se fige, une inquiétude fracassante se fait une place. Une relation naît entre le public et ces objets lumineux.
Le jeune comédien Yohann Villepastour est remarquable. Il joue avec une sincérité apparente, bien que sa tâche se cantonne au fait de témoigner. Il est espiègle, parfois. Il parvient à restituer clairement au spectateur l’existence de cet homme.
A vie est une pièce-témoignage. Le drame n’existe que dans les mots, les phrases. Il n’apparaît pas sur la scène, par le biais d’événements charnels, joués par des humains. Le spectacle a, ainsi, parfois, des airs de lecture – sans que le comédien ait le texte sous les yeux. Conséquemment, il existe chez les spectateurs, deux réactions principales, qu’il peut connaître simultanément, ou pas. La première, être vivement intéressé par cet univers que le verbe seul crée, et transporté par le rythme de la parole. La seconde, être lassé, frustré par le fait que l’histoire ne soit pas mise à l’épreuve de la scène. Être insatisfait car la pièce, en une certaine mesure, ne fait pas théâtre.


  • A Vie - Photo©F. Passerini

Prochaines dates


12 Déc 2019
  • Théâtre du Pont Neuf, 8 Place Benoît Arzac, 31300 Toulouse, France
    12 Déc 2019 à 20:30

13 Déc 2019
  • Théâtre du Pont Neuf, 8 Place Benoît Arzac, 31300 Toulouse, France
    13 Déc 2019 à 20:30

19 Mar 2020
  • Lieu à définir
    19 Mar 2020 à 20:00

    L'Usine, Centre national des arts de la rue et de l’espace public, Tournefeuille - Toulouse Métropole

20 Mar 2020
  • Lieu à définir
    20 Mar 2020 à 20:00

    L'Usine, Centre national des arts de la rue et de l’espace public - Tournefeuille / Toulouse Métropole

21 Mar 2020
  • Lieu à définir
    21 Mar 2020 à 20:00

    L'Usine, Centre national des arts de la rue et de l’espace public - Tournefeuille / Toulouse Métropole